
" D'ORE ET D'ESPACE : UNE MÉCANIQUE CÉLESTE "
A travers une écriture musicale ciselée, nous sommes appelés dans le silence
à assister à une métamorphose, celle de la lumière en musique ; nous sommes
conviés dans le recueillement à témoigner d’une transfiguration, celle d’éclats
étoilés d’astres en des sons cristallins. Ainsi, nous passons de la vue à
l’ouïe, de la lecture à l’écoute.
- Lithophone de silice : un outil singulier, tout à la fois instrument et
partition, en adéquation à son propos. A savoir : - écrire en notes d’or qui
palpitent sur les ténèbres - composer et faire sonner une musique qui constituerait
un appel nous offrant l’opportunité d’entendre une certaine qualité de silence.
- Installation sonore : un planétarium, un labyrinthe transparent à parcourir
de l’intérieur et à contempler également de l’extérieur assis sur des gradins,
pour une approche certes plus statique mais non moins attentive.
Deux espaces merveilleusement imbriqués l’un dans l’autre, en réalité : -
un labyrinthe hélicoïdal dont on perçoit le centre dès le premier abord grâce
au jeu des transparences ... - en second lieu, une crypte, une salle secrète
où l’on peut se tenir dans l’immobilité, une salle vide et souterraine vers
laquelle on descend par de longues courbes et dont on ressortira comme happés
vers le ciel, saisis par d’autres courbes.
Ainsi, tout ouïe, circonspects, nous entamons le voyage. Nous abordons ce
texte composé de simples gouttes d’or et décryptons ces écrits portés sur
cinq lignes parallèles. “Ainsi, tout bas hélés, nous écoutons en nous cette
chose très proche et très lointaine”, ces aigus filés, légers dont nous ne
discernons pas la source et qui nous portent, nous emportent dans leur fluidité
sans jamais nous transpercer. Ces aigus qui traversant l’espace, lui donnent
consistance et avec simplicité, nous traversent. Ces aigus donnent forme à
cette musique qui semble à première vue si naturelle, qui semble au premier
abord si familière à chacun de nous et qui pourtant à l’écoute, même distraite,
nous plonge savamment, doucement dans l’étrangeté, vers un lieu vrai, de douceur
et d’attente. Ainsi, nous déambulons dans une pureté lustrale, un ciel de
marbre noir ; parmi des flux et reflux, des scintillements sonores, des éclats
limpides ; entre des partitions en mouvement autour d’un axe, entre de grandes
surfaces de verre, supports d’un ouvrage d’orfèvre, d’une oeuvre scripturaire,
chiffrée et intelligible. Ainsi, erratiques nous nous mouvons au gré de cercles
concentriques (mandalas), de spirales (vers luisants), de textes brefs portés
à l’horizon musical sur d’étroites lames verticales (rûnes). Ainsi, nomades,
nous faisons halte dans ce vaste rouage ouvragé d’or. Nous marquons le pas
face à chacun de ses engrenages. Nous nous tenons en station au seuil de chacune
des soixante-quinze lames sonores. Certaines oscillent sur leur axe en un
léger mouvement très lent, d’autres restent immobiles, deviennent silencieuses
ou musicales. Ensemble, elles composent ce lithophone de silice, ce kaléidoscope
du silence. Là, comme dans la limpidité d’une nuit hivernale, sous le scintillement
d’astres dont certains sont déjà éteints alors que nous les percevons encore
à travers l’infini du temps, Quelques suites de notes semblables à des stridulations,
des scintillements, des ruissellements, dans le silence, nous invitent à l’espace.
Là, parmi des éclats très purs aux variations infimes et aléatoires, Quelques
thèmes mélodiques, appartenant encore à l’enfance, dans l’écoute, nous convient
à la douceur de l’attente.
Eric Biousse, 17. 08. 2001